Comme dans un livre d'enluminure, je n'ai pas pu m'empêcher d'y mettre mes mots.
Infection
Mercredi après midi j’ai froid, des frissons me parcours le corps mais je voulais finir de travailler pour ce blog. Je sentais des difficultés pour uriner mais quand on ne connaît pas la suite, on met cette indisposition sur tellement de facteurs que je n’en parle à personne et je me prépare surtout à ma chimio du lendemain à Paris. Nuit éternelle de tout malade, c’est de se lever autant de fois qu’il est nécessaire pour faire son petit pipi. J’avais me semble t’il, de plus en plus mal, je ne me sentais pas bien et comme tout malade, hop le thermomètre pour savoir si on dépasse les 38 degrés, frontière que l’on ne dit pas franchir ou de se voir reléguer dans l’infamie, c'est-à-dire dans l’impossibilité de faire une chimio. Aucune infection n’est autorisée. C’est ainsi notre vie de malade !
Carnet de dessin mis dans l'exposition Inde Multiple où les visiteurs ont pu y mettre leurs mots
Matin se lève mais avec la sensation que cette température dépasse le seuil autorisé et effectivement, j’en suis à 39. Panique de se dire que cette chimio ne pourra pas se faire et que cela va changer tout le programme. On est dans cette configuration d’esprit : les programmations des rendez vous et des hospitalisations. Le pire c’est que j’avais mal.
Carnet de dessin mis dans l'exposition Inde MultipleQuel bonheur même dans la souffrance d’être avec des services de Roussy qui savent, connaissent et prennent le temps de vous écouter de vous donner les bons chemins. Donc calmer de suite cette infection et faire baisser la température. Et merci à toi Gillou d’être toujours là pour ces sacrés médicaments.
Carnet de dessin mis dans l'exposition Inde Multiple, j'ai empreinté de la terre qui servait à peindre des bordures
Je ne savais pas dans quels moments allaient me conduire cette infection en ce beau jeudi d’avril même tard dans la nuit. Fièvre qui ne baisse pas pour arriver à une apothéose : j’ai été pris de tremblements, de convulsions que si quatre personnes s’étaient assises sur moi, je pense que j’aurais continué à trembler de tout mon corps.Le pire c’est que tout le monde vous dit de boire. Ok mais quand le produit que l’on vous a donné pour diminuer votre infection urinaire, a pour contrindication : vomissement et la seule odeur de l’eau, beurk, vous n’arrivez pas à la supporter, alors que faire ? Perdre quelques kilos et espérer se rétablir rapidement, c’est ce que j’ai fait.
Carnet de dessin mis dans l'exposition Inde MultiplePar contre, personne ne m’avait parlé de problème urinaire et maintenant par vous sur le blog ou par des sites, je lis que cela peut arriver. Dommage de ne le savoir que si tard !
Carnet de dessin mis dans l'exposition Inde Multiple
Vie d’artiste

Il y a parfois des moments où l’écriture vient d’un chemin intérieur et prend forme sur une page blanche et parfois pour nous, artiste, sur une toile blanche. Il y a de multiples façons d’arriver à écrire comme par exemple, un ami vous invite dans la profondeur de ses mots, la justesse de ses idées, la générosité de ses verbes, devenant un sauf conduit pour passer une frontière invisible et ainsi continuer à cheminer dans son moi intérieur pour vous écrire mes sensations intimes.

On voit parfois des grands artistes et bien il en est un. Il prend l’espace et l’épaisseur d’un mur recouvert d’une immense toile et vous transporte dans une grande histoire pleine de couleur qui est première et qui sait être assemblée au dessin comme si les deux étaient mariés depuis toujours. Nous avons travaillé ensemble avec cet artiste sur l’un des plus importants projets français : la réalisation des vitraux de toutes les verrières de la chapelle des Mineurs de Faymoreau. Si vous aimer le vitrail, vous devez y aller dans cette magnifique commune. Tout a été dans l’écoute l’un pour l’autre pour transcender les maquettes en œuvre d’art. Accompagner l’artiste comme le fait un lissier, sans lui demander pour autant de tisser à notre place mais d’être là pour les détails, les envolés, les changements, c'est-à-dire tout ce qui constitue un vrai travail entre un artiste et un peintre verrier. Pour moi dans l’histoire du vitrail, la seule réussite avec cette connivence a été entre Chagall et Simon à Reims. Le peintre verrier, s’il n’est pas peintre, il ne peut pas comprendre l’artiste. Son travail de praticien est d’être pour lui une force de propositions techniques en ayant à fleur de peau l’œuvre de l’artiste. C’est un peu un sentiment de déjà connu qui est en nous et qui nous permet de nous dépasser et d’être dans la proposition avec tout l’égard et le respect que l’on admettrait pour soi même. C’est pourquoi beaucoup de projets contemporains en France sont nuls. Aucun sentiment de connivence d’amour entre les deux entités. Cela devient un atelier qui met du verre sur une table en disant un peu « démerde-toi l’artiste ». Je prends une seule comparaison récente sur la transposition d’un artiste contemporain Olivier Debré. On est en abstraction pure et deux projets : Lamballe et Chinon. Debré, il cherche l’espace, la lumière, la transparence et de dépasser des problèmes techniques. A Lamballe, on lui offre une lumière dépolie c'est-à-dire sans transparence, des coupes de verre qui perdent leur sensibilité de papier découpé à la main et un rythme de barlotières horizontales. A Chinon, là c’est la lumière de la Loire qu’il aimait tant qui transperce les baies. Le détail est précis dans la découpe des verres et aucune barlotière dans une transparence ininterrompues des deux faces intérieure et extérieure. Il est possible de continuer des comparaisons dans la peinture contemporaine sur verre mais on va s’arrêter là, car lui, celui qui m’écrit, l’artiste, c’est Carmélo Zagari.

Il me faut donc vous livrer ces mots :
Didier
D'abord quelques mots sur les images que tu nous donnes à voir," Voyage en Inde ".Parler un peu avec toi de ce que tu aimes, l'Art.
Rêver le monde pour un artiste, n'est sûrement pas un manque de lucidité, bien au contraire c'est dans sa vision lui donner sa vraie dimension spatiale.La métaphore du regard de l'invisible, chose va bien plus loin que l'au delà du réel.
Le troisième œil fait parti de cette route, c'est un passeur.
Pour les images que tu as faites en Inde, l'humain, l'être est debout, faisant face, les épaules relaxées, en douceur et en sensualité. Il est à l'écoute du vent, des sons ou simplement de l'espace. Et d'une autre manière, si je me réfère à l'interprétation d'un dialecte de Calabre dont je suis issu, les mots changent de sens et s'inversent et prennent des fonctions particulières. En exemple "Vedere" en Italien pour un narrateur peut dire " alscotare " entendre, en fait bien entendre c'est de te voir. Et voir c'est bien t’écouter. (En sculpture moyen âge -renaissance on voit bien une tête de Christ les yeux fermés et des oreilles grandes dirigées vers nous ...)
Tu vois une grande boucle pour dire simplement que tes personnages à la tête penchée, humbles et purs (nus) sont en train de voir le monde.
De plus, souvent contre son grès l'artiste penche de la tête dans ce sens là, une question de mécanique humaine et de lobe cervical un côté plus qu'un autre qui perçoit en sensibilité l'univers.Didier, tu transposes très bien ce que tu es.
Faire face toujours debout et écraser la bête,
à toi ami. Carmelo
(Une remarque ...L'écriture intime, la tienne, pourrait accompagner sûrement tes images, un livre secret ... )
Carmélo tu n’es pas le seul à me parler de ces personnages. Ils étaient réalisés dans le but d’une exposition en Inde pour mettre fin à un cycle.

Tout a commencé en Inde, il y a trois ans avec l’exposition : H5N1 Exhibition où je partais de ce virus dont peut de monde se souciait à ce moment là. Cette maladie était pour moi un message de fraternité, parce qu’aucune frontière ne peut arrêter les oiseaux. Donc si on n’a plus de frontière, cela oblige enfin les hommes à travailler ensemble. J’y voyais, vraiment un message d’espoir et j’avais pris le parti de faire des centaines d’oiseaux de toutes tailles dont certains tenaient quelque chose dans leur bec.

Après cette première expérience, je me suis dit, suite à un voyage en Inde, que la multiplicité des hommes n’était pas un désespoir. Sachant que je préparais une nouvelle exposition en Inde, j’ai voulu encore allez dans le multiple de la représentation. Cela a été un énorme travail car je n’avais pas d’idée. Ma première source d’inspiration a été de contempler et de dessiner. Un premier déclic est apparu en Italie en dessinant des vases Grecs ou Romains. Je voulais arriver par un seul coup de pinceau, comme un calligraphe chinois, à poser en densité la couleur du personnage et à donner un signifiant, c'est-à-dire une attitude à ce dernier.
Carnet de dessin mis dans l'exposition Inde Multiple Comme tu peux le comprendre, toi artiste, que c’est un parcours composé de multiples chemins. Il a beaucoup de chose qui se rencontrent et qui sont en fait le devenir d’une somme pour murir en travail. La tête penchée est venue de mes carnets de dessin. L’histoire commence un matin dans le TGV entre Le Mans et Paris. Même en 55minutes, temps pour parcourir la distance entre ces villes, l’attitude des gens tend petit à petit dans le défilement des nuages, vers un court sommeil. Sans doute la promiscuité de l’autre, deux par deux dans ces fauteuils, fait que l’on penche sa tête du coté opposé à son voisin et le petit somme accentue la courbure. J’ai trouvé cela beau et je n’ai pas arrêté d’en dessiner. Toujours dans un voyage italien, des peintures et comme tu l’avais deviné, le Christ m’ont convaincu d’une tête penchée…

J’avais besoin du voyage en Inde fin 2007 pour être dans un lieu ou le multiple est là présent avec une puissance incroyable. Il suffisait des feuilles de papier A4, d’un pinceau chinois, d’un bout de table et d’un peu de temps ou de prendre simplement le temps. Un grand carnet servait aussi à croquer dans la rue. Au fur et à mesure l’idée était de trouver un atelier de peinture de miniature indienne que j’avais vu au premier voyage avec tant d’émerveillement et surtout un qui veuille bien m’accueillir et travailler avec moi. C’est à Udaipur que je l’ai trouvé dans une petite ruelle derrière le lac. Faire participer ces artistes indiens a été un grand moment parce que je ne leur donnais qu’un fond de couleur et ils ne savaient ce que je ferais dans la plage centrale. En parlant avec eux au début, on c’est mis d’accord pour un travail rémunéré puis petit à petit c’est devenu un échange, une envie pour eux de se dépasser, me donnant ainsi un peu plus de peur de me louper une fois leur bordure faite. Ils tenaient à voir le dessin finit. Je me suis mis un autre défit, car j’avais acheté chez eux des pinceaux. Ils sont minuscules en poils de queue d’écureuil qu’ils confectionnent eux même. Je ne m’imaginais pas à courir après les écureuils pour leur épiler un poil au bout de leur queue ! Un autre défit : faire des hommes nus même si quelques temples indiens ont des représentations érotiques ainsi que quelques dessins, ils restent réservés par rapport à leur représentation du corps nu. Les mots, les attitudes, les gestes, les regards, leurs espoirs s’imprégnaient en moi avec délice. Ils étaient heureux et j’étais comblé. En fait, le trait est venu simplement et tout a été rapide.

Tu me parle d’êtres. Tu me parles d’Italie et tout y est.
Carnet de dessin mis dans l'exposition Inde MultipleRêver le monde pour un artiste, n'est sûrement pas un manque de lucidité, bien au contraire c'est dans sa vision lui donner sa vraie dimension spatiale.
Rêver c’est aussi toucher notre monde. La douce sensation d’être là où il faut. En prenant cette chance à deux mains, c’est comme regarder un ciel étoilé. Notre sang coule dans les éclats des étoiles et nous reflètent les pensées de la terre. On respire et ce souffle devient une unité de temps. Alors notre lucidité, elle est spatiale. On a tellement de visions et j’ai tellement de doutes. Ils arrivent toujours après une série de dessins ou de peintures qui s’installent en moi. J’ai toujours des référents qui apparaissent devant moi. Je regarde, j’aime et je ne peux pas m’installer dans un discours identique tout au long de ma vie. Je suis obligé de changer parce que c’est ma nature et c’est cette nature qui à chaque saison sait nous combler des ces nuances. Si on voyage dans le monde, imagine toutes les couleurs, toutes les formes et les émotions !

La métaphore du regard de l'invisible, chose va bien plus loin que l'au delà du réel.
La métaphore du regard de l’invisible n’est elle pas dans les chefs d’œuvre. C’est atteindre un irréel et c’est surtout donner un sens au regard qui n’est pas celui que l’on souhaite. Chef d’œuvre c’est ce mettre en orgueil ou de vouloir dépasser dieu ! Qui fait le chef d’œuvre ? Je pense que c’est le temps, doubler d’un regard qui sera lui dépasser le temps pour s’exclamer : regarder c’est un chef d’œuvre ! On ne peut qu’espérer, c’est voir le chef d’œuvre passer le temps. C’est vrai que tout réside dans beaucoup de travaux dans cette notion d’un indicible regard qui forme un secret mais il s’éclot en se partageant petit à petit.
Le Taj Mahal
Le troisième œil fait parti de cette route, c'est un passeur.
Le troisième œil n’a aucune force mais a-t-il un pouvoir ? Il ne nous en dit rien et je ne le ressens pas en moi, je le cherche mais me voit’ il ? Il est mon instinct qui fait de moi un tout autre être depuis cette fatale rencontre avec la tumeur cancérigène. En hypnose, c’est ce que je recherche.

Carnet de dessin mis dans l'exposition Inde Multiple
Entendre c’est te voir et c’est t’écouter.
Serai-je aveugle pour que le temps passa aussi vite ? Peindre sans voir et entendre les autres dirent qu’ils voient au travers de cette peinture que j’ai faite, c’est comme écouter un mensonge ou une belle amitié tant les distances peuvent être lointaine. Ce qui est fait n’existe que par trois choses : celui qui l’a fait, celui qui la regarde mais avant tout ce qui est fait. Alors celui qui la regarde a tous les droits, c’est sa liberté. J’ai toujours eu horreur des explications d’œuvre d’art, plus encore celles qui sont faites à titre posthume sans que l’artiste puisse pousser une colère. C’est parfois d’une telle lâcheté que le gargarisme de ces intellectuelles mériterait des sanctions. Ce qui compte et seule elle devrait en être l’essence de l’excitante, c’est l’homme qui était derrière tout cela. Quand on admire une œuvre, nous artiste on a envie d’être cet homme qui a eu le plaisir de la faire et c’est à cela que l’on doit s’attacher et ne pas tomber dans le snobisme d’en savoir plus, parce que l’on voit tracé un trait entre deux points et montrer ainsi toute la tension de l’œuvre et de son émotion. Tous ces gens qui n’ont jamais tenus un seul outil de leur vie dans leurs mains, même un simple marteau pour un fatidique clou afin d’y suspendre un simple tableau, devraient se taire. Pourquoi je parle de ses choses, sans doute parce qu’entendre leur rumeur, le bruissement de leur pas, la chaleur de leur haleine, entendre l’odeur de leur eau de toilette me pousse vers d’autres horizons où il pourrait être difficile de me voir. Il ne reste donc plus qu’une chose : la sagesse, c'est-à-dire d’écouter les autres avant d’arriver à cette infinie beauté : savoir s’écouter, chose que je n’ai pas su faire puisque j’ai ce cancer !

Carnet de dessin mis dans l'exposition Inde Multiple
Tu vois une grande boucle pour dire simplement que tes personnages à la tête penchée, humbles et purs (nus) sont en train de voir le monde.
C’est vrai ce que tu dis voir le monde en tout modestie, humblement et merci de ton magnifique message.

De plus, souvent contre son grès l'artiste penche de la tête dans ce sens là, une question de mécanique humaine et de lobe cervical un côté plus qu'un autre qui perçoit en sensibilité l'univers.
Si tu mets en plus de l’anatomie, la conscience humaine, je me retire sur la pointe des pieds comme un poisson dans l’eau.

Carnet de dessin mis dans l'exposition Inde Multiple
Didier, tu transposes très bien ce que tu es.
Etre honnête face à soit même, doit être la règle. Alors si on essaye de l’appliquer, elle doit transpirer simplement au travers de toutes nos actions et c’est ce que j’ai ressenti dans ma maladie. Toutes ses personnes qui se sont regroupées comme pour former un grand cercle afin de me protéger. Savoir ce que l’on est, est bien difficile, on ne se voit déjà pas physiquement complètement alors rentrer au fond de soit même demande une grande force et une sacrée intelligence. On y arrive, me dit’ on ? Je reste persuadé que mon cerveau capte les images qui sont mon reflet intérieur et intime pour m’en donner suffisamment pour créer et aimer la vie. J’ai effectivement soif de cette conquête insatiable de mon moi. J’ai parfois peur d’être dans l’orgueil, celui des gens qui savent alors que l’on ne sait même pas regarder le brin d’herbe à nos pieds et de s’enthousiasmer d’un sourire. On peut y retrouver la maladie qui elle aussi fait peur. J’aime plus pénétrer l’intimité des autres que la mienne. Je suis passionné de cette recherche. Aller puiser dans l’autre. Le regarder tout simplement devient la première page d’une longue histoire. Très souvent de ce regard s’établit une connivence et qui se poursuit l’instant d’un moment, d’une éternité. Cela me rappelle une histoire en Inde ou j’attendais les filles qui étaient dans les boutiques et je me suis mis dans cette rue à regarder. J’ai été capté par un jeune indien qui faisait du ciment. Nous avons ainsi suivit nos regards timidement au début puis sans détour au bout d’une heure. Je le regardais charger sur sa tête le plateau contenant un peu de mortier, il passait devant moi avec son regard en biais et moi mon carnet de croquis le dessinant mais au-delà de tout cela c’était nos regards qui ont échangés sans un mot. En partant j’ai laissé le dessin avec autre chose posé sous une pierre en faisant très attention de ne pas être vu et avec une très grande discrétion. Je savais que lui voyait, me regardait. En quittant la rue, je l’avoue, je l’ai épié et je l’ai vu se précipiter sur cette pierre à l’abri du regard des autres compagnons qui travaillaient avec lui. Il a mis dans sa poche ce qu’il devait y mettre mais ne regardait que son dessin et était capté que par cela. Il a du sentir ma présence, je me suis montré et je lui ai fait un signe d’au revoir de la main auquel il a répondu et j’ai vu que ces yeux brillaient. En rentrant le soir à l’hôtel, je l’ai dessiné et j’étais très heureux de ce court moment.

Carnet de dessin mis dans l'exposition Inde Multiple
Faire face toujours debout et écraser la bête, à toi ami.
J’essaye merci mon ami.

Chérubin , baie 103, Cathédrale de Chartres
Lettre d'un autre ami :
Quel révulsant silence !
Oh que je comprends que vous pensiez cela. C’est bien affreux et indigne de ma part. Et rien n’excuse de ne pas être auprès de ceux auxquels on tient quand ils souffrent. Mais la morale ne suffit pas.Il n’y a pas à chercher milles excuses, aucune ne tiendrait. Il n’y a pas à théoriser, il n’y a qu’à agir. Il n’y a pas à regretter, seuls le présent et l’avenir comptent.
Et pourtant, je vous vois brandir une hache ou un fouet en me fustigeant. Je suis navré de ne pas vous avoir donné de nouvelles depuis le début de votre épreuve. Et pourtant je consulte régulièrement votre blog, qui apparaît même en tête de liste de mes sites les plus fréquentés, avant certains sites professionnels.Sans chercher à s’excuser, donc, mais pour reprendre le fil du dialogue, j’aimerai vous raconter brièvement ces quelques semaines de silence.
C’est tout bête, vraiment stupide, mais la maladie, la souffrance et la vieillesse, ça effraie toujours. On a beau être averti, détaché, préparé, habitué, c’est toujours une épreuve. Je ne suis pas un champion. La dernière fois que nous nous sommes vus (j’en garde étrangement un excellent souvenir : il y avait plusieurs mois que cela n’était pas arrivé), nous avions échangé de manière tout à fait dépassionnée de l’annonce qui vous troublait, du désarroi momentané, des meilleures manières de reprendre et garder le dessus sur les événements. La peur et la souffrance ne sont pas l’apanage des seuls malades. Leur entourage aussi est affecté. Mais l’entourage aussi doit concentrer son dynamisme et ses forces pour mieux vivre ensemble et surpasser l’épreuve.
L’agrégation a eu raison de mon calme et de mon détachement. En effet, deux jours plus tard, j’apprenais le décès du voisin de mes parents des suites d’une longue maladie. Dans la semaine qui s’écoulait, j’ai également appris le suicide d’un ami au moment où il venait d’apprendre une maladie que sa foi trop prononcée lui faisait considérer comme une punition divine, ainsi que le cancer d’une autre amie de 3 ans ma cadette. De quoi déboussoler un brin tout de même.
Le besoin de roulement des vagues sur les rochers, être seul, ne plus diriger mes pensées, mais les oublier et les laisser s’organiser seules.La mer ne fut pas tout à fait aussi apaisante que cela. Je bus avec des amis communs à l’ami suicidé du champagne qu’il nous avait laissé pour fêter son anniversaire, quelques jours plus tard. L’Alzheimer de ma grand-mère se porte de mieux en mieux, et le monde dans lequel elle vit s’éloigne de nous. Elle ne souffre pas, elle. Elle ne souffre plus. Elle jouit de l’instant. Elle n’en a plus d’autres. De mon risible petit présent, je crains seulement qu’elle efface complètement notre passé commun, qu’elle ne me reconnaisse plus, que je n’existe plus pour elle.
Puisque la mer ne soulageait pas, l’esprit se noya dans le travail, toujours très important (vous pensez bien, une question de stratégie nationale !), toujours très prenant, toujours très futile somme toute. De peur de refaire surface trop vite, au travail professionnel s’ajouta l’associatif. Un rapport achevé et un autre bien avancé. Il faut bien cela pour caler un lit.
Une escapade salvatrice m’a donc fait découvrir la Réunion, île intense dit le slogan. Ile de la diversité en tous cas. Des couleurs et de la lumière qui font du bien. Beaucoup de marche à pied, mais aussi des baignades quotidiennes dans l’océan indien au milieu des coraux et des poissons colorés (on apprécie les lagons même si on a des a priori négatifs contre les stéréotypes) et sous des cascades. Des fruits onctueux et parfumés. Une nature qui change de visage plusieurs fois par jour, du sommet à 3000m aux plages de filaos, en passant par une dizaine de zones végétales différentes… Plus qu’un oubli de ses activités, ce fut surtout un retour sur soi, ressentir le corps, goûter aux plaisirs simples offerts à qui prend le temps de goûter le monde. Et en plus, un soleil rassérénant absolument pas étouffant.
Plusieurs courriers entamés à cette période n’ont jamais été envoyés. J’imaginais un jeu de piste pour que vous deviniez où j’étais, sachant que, malotru, j’avais eu l’outrecuidance de partir sans même vous saluer ou avertir. Mais tout est resté stérile.
Le retour fut marquant : neige, gens habillés en noir, pas souriants, nourriture fade, journées devant un écran sans exercice physique, allergie redéclenchée le jour même…
De retour, mon ordinateur qui me supportait depuis mon arrivée à Paris (horreur près de 6 ans !) a rendu l’âme par surprise, ou presque. Et son remplaçant s’est fait désirer le temps de le commander (près de15 jours quand même…). Il mérite le détour et je vous le recommande si vous continuez à bouger beaucoup pour votre travail car il a des qualités sûres :suffisamment puissant, très pratique et facile d’utilisation, il a le mérite d’être très fin et léger, ce qui est primordial quand on le promène tous les jours avec soi, comme c’est mon cas.Le soleil à venir me réconforte : vive mai, juin, juillet et août !
D’ailleurs, si cela vous tente, que vous êtes en forme et n’avez encore rien prévu, que diriez de passer le week-end du 8 mai sur l’Ile de Ré ? Pas encore la foule, le retour des oiseaux, des ballades en vélo dans les marais, longues heures à regarder la mer sur la digue… J’aurai plaisir à vous recevoir dans la maison familiale, vide à cette saison.
En tous cas ne croyez pas qu’on vous oublie, on pense à vous tous les jours, même si ce n’est pas exprimé.
Amicalement,
Florent
Si tout est solidarité autour d’un événement comme cette maladie, il y a parfois des amis qui sont des escargots rentrant dans leur coquille. C’est une réaction individuelle parmi tant et tant d’autres et c’est simplement un comportement humain. Il ne m’appartient pas de le juger et je dirais presque de ne pas en parler. Oui mais, oui mais. Allez, on peut juste dire ce qui est important : c’est aujourd’hui et de pouvoir ensemble rêver à demain. C’est le sens de mon combat. Ne pas regarder derrière, voir, entendre et doucement rêver que tout est comme avant pour être dans le devenir. Florent comment vas-tu ? Viens-tu avec moi à Bâle à l’expo début juin ?

Le chérubin « masse de connaissances, effusion de sagesse », avec quatre ailes croisées, avec des yeux ou des plumes de paons qui symbolisent une intelligence pénétrante. Ce personnage est dessiné avec rigeur mais quand on regarde sa tête, c’est une beauté incomparable qui émane, sans doute l’intelligence mais dans la tradition de la représentation verrière, c’est la première fois que nous avons l’impression que l’on dépasse les usages et que l’on recherche une nouvelle beauté. Les cheveux sont d’un dessin parfait composé de boucles qui s’enchevrêtrent et irradient le visage. Ce mouvement est accentué par les deux ailes qui passent derrière la tête du Chérubin. Elle est peinte en forme de V donnant l’impression de multiples pointes ou flèches représentant les plumes mais surtout donnant une direction : le ciel.
Tout dans le dessin est posé avec rigueur. Les couleurs sont alternées : chaude/froide. Afin de rendre ce Chérubin ni homme, ni enfant, le dessinateur lui a fait des jambes très filiformes et les deux mains sont paumes ouvertes en signe d’acceptation. (Extrait du mémoire de la restauration de la baie 103 de la cathédrale Notre-Dame de Chartre, 2007)
QUESTION que l'on me pose:
Tu me poses une question sur la création et la recherche :
La recherche est une construction rationnelle collective basée sur un dépassement méthodique des limites (de la connaissance, des savoir-faire, de l'Autre...), qui peut avancer pas-à-pas ou par révolution, mais se concentrant sur des faits définis. La création est une imagination irrationnelle individuelle de la représentation du ressenti pour reconstruire un monde idéalisé.Rien à voir.Le seul point commun est la production intellectuelle.
Première question : Est-ce que la création commence par le mot individualisme, c'est-à-dire par un être qui invente seul. Non ! Il est de même dans la recherche. C’est l’accomplissement d’une somme qui nous permet d’appliquer ou de projeter par l’expérience ou l’inconscience une création ou une recherche. Cela peut se faire seul ou à plusieurs. L’essence même est l’homme. Il doit savoir créer, c’est à dire trouver au fond de lui-même. S’il ne sait pas chercher en lui, il faut absolument dire stop. On arrête tout. Toutes les recherches sont des quantités et il en est de même pour la création. Il y a entre eux une réalité : le génie d’être là et au bon moment. Une formule mathématique créée un siècle trop tôt perd son sens, de même une Mona Lisa faite un siècle trop tôt, aurait elle pu être regardée avec le même intérêt et le même désir. Souvent les chercheurs ou créateurs sont trop en avance et le génie c’est d’être là au bon moment. Je ne vois pas comment un chercheur peut fonctionner sans être créateur et je ne vois pas un créateur sans être chercheur. La recherche est parfois de l’utopie, pareil à l’artiste que l’on voit souvent qu’en songeur. On peut dire : mais à quoi sert un tableau ? Et bien prenons Guernica, l’artiste est un accompagnateur de notre époque avec ses visions, ses devenirs qui forment un tout, c'est-à-dire une civilisation. On a besoin de cette vision chimérique et les grands chercheurs sont souvent les plus grands visiteurs d’expositions et de musées. Le mot juste pour les deux noms, c’est d’être éclectique. Picasso disait : je n’ai jamais inventé (créé), je n’ai fait que regarder. Une œuvre c’est quoi : un homme qui la fait, un autre homme qui la regarde et au milieu le fait de l’existence physique de l’œuvre. Une recherche c’est quoi : un homme qui cherche, un autre homme qui regarde et au milieu la chose trouvée. Tout est donc création. L’artiste n’a pas besoin d’être matérialiste car avec peu, il peut beaucoup. Il en est de même d’un chercheur : rien qu’un tableau noir et une craie pour y mettre une belle équation. Si on veut faire une différence entre création et recherche, c’est que l’on doit soit même repenser sa vie et sa destinée et vite quitter ce mode de devenir pour rester dans son cartésianisme. On ne peut pas le tuer ce cartésien, mais il n’a rien à faire parmi nous, vite chassons le ! C’est sans doute le problème de la France d’avoir donner des noms à des diplômes, alors que ce qui compte avant tout c’est l’homme, son intelligence et ce qu’il fait. Et ces gens avec leurs diplômes cherchent depuis des années à faire valoir leur domination mais ils sont émasculés d’une seule chose : ils ne seront jamais rêver la tête dans les étoiles et avoir les pieds sur la terre. Les autres, ils ne savent que marcher dans le mouvement perpétuel, c’est le propre de l’homme, sauf que dans certaines civilisations, il est plus facile d’en échapper et de trouver toutes les possibilités de créer et de chercher. C’est ce qu’à perdu la France. Aucune grande civilisation ne vit sans art et il en est de même pour la recherche. Les deux aspects sont l’entité de la civilisation. Il n’y a qu’un mot en deux : création/recherche !

Afin de couper court à tout fourvoiement de mon lecteur se disant : il oublie tant et tant de choses que je peux le contredire facilement et le foudroyer de mes meilleurs mots ou images. Justement c’est sur une image que j’aimerais finir. Nous allons remonter loin dans le temps et oublier un peu tout ce que nous savons et nous imaginer dans un pays chaud, assis dehors. Depuis des générations, nous sommes dans l’obligation de comptabiliser nos échanges par des bâtons. Puis par l’écriture nous avons pu mettre des chiffres mais impossible d’en faire une comptabilité. On ne pouvait additionner. Il nous manquait un dessin simple qui ne puisse pas changer et permettant de créer des dizaines des centaines des multiples ou de montrer le vide. Il nous fallait créer le O (zéro). Cela n’a été possible que par la conjugaison d’un dessin donc d’un créateur et d’un chercheur qui pouvait de suite mettre en application le dessin et lui donner sa signification. Par ce signe 0 zéro qu’à éclos une nouvelle civilisation. Il est l'oeuvre ce O zéro, la plus extraordinaire qui a été faite et qui a toute mon admiration et c’est par lui que je ne peux que finir ma démonstration.

Carnet de dessin mis dans l'exposition Inde Multiple