Huile : Histoire de femmes
Le plaisir a été plus grand, arrivé à Roussy à l’IGR, de voir que le docteur Levy était là. Je suis content car je sais que je peux avoir une réponse à mes questions et plus encore que notre dialogue ne s’arrêtera pas à la médecine. Je me sens en totale confiance comme avec tout l’ensemble du personnel. Lui, il est un plus à l’IGR , il est là avec son regard calme, étonnant de gentillesse même si une certaine timidité ou un respect est présent, il arrive à être lui, comme lorsqu’il me demande : alors, je verrais quand vos œuvres ? Je lui réponds, c’est simple il suffit d’aller sur mon blog.
Je crois que ce qui est le plus extraordinaire à l’IRG c’est le professionnalisme et aussi la gentillesse de tout l’ensemble du personnel. La réponse d’un infirmier a été de me dire quand je l’interrogeais sur cela : ici on vient par volonté et c’est doute pour cela que notre travail nous intéresse et nous donne envie de le faire tout simplement bien, même si parfois nous ne sommes pas en pleine forme. Ce travail est une passion et sans doute transpire-t'elle auprès des patients.
Toutefois deux défauts me choquent :
Devant l’entrée de l’IGR c’est un nuage de fumée qui vous accueille. Patients et personnels sont tous là à cloper devant l’entrée. Comme me disait le docteur Levy quand il est amené à sortir par l’entrée principale, ses patients comme des enfants, cachent leur cigarette et ils sont pourtant là pour guérir dans son service d’un cancer des poumons. Il faudrait que tous ces fumeurs soient éloignés de l’entrée et qu’ils n’aillent pas sous le vent nous amener leur nauséabonde odeur de cigarette.
Deuxième point la nourriture. Hier soir potage de tomate, 3 chipolatas, un gratin de blettes, un carré frais demi-sel, une pomme cuite, un pain et la veille un hachis parmentier, une salade verte baignant dans une sauce pleine d’huile et de moutarde. À force de tout refuser à la gouvernante qui n’est pour rien, je n’avais plus envie de manger. Que font les diététiciens et diététiciennes ? Dans un institut de renommée internationale, on devrait être au fait et donner une attention toute particulière à la nourriture. Inciter vers une éducation et donner des fiches au malade car parfois il ne sert à rien de guérir d’un cancer si on ne poursuit pas ce traitement par la nourriture. N’ont-ils pas lu le livre de David Servan-Schreiber ? Tout le monde de l’IGR qui me dit : oui ici on mange mal !
Le traitement à l’IGR commence le matin à 10 heures par une longue hydratation qui finit dans un premier temps vers 23 heures puis ensuite se sont les différentes traitements jusqu’à 3 heures du matin puis deux poches d’hydratation jusqu’à 9 heures du matin. Le plus difficile est que malgré un décontractant, il est impossible de se reposer car il y a les prises de températures et de tensions et tous les pipis qu’il faut faire. Tout est merveilleusement fait mais je me demande : si le protocole commençait la veille au soir et le traitement de chimio dans la journée, le patient n’aurait il pas la possibilité de se sentir plus en forme en quittant l’IGR ? Les infirmiers durant la nuit sont débordés. Personne n’a su m’expliquer pourquoi ces traitements dans la nuit cela revenant à dire que c’est l’habitude. Ceci est formulé comme un souhait d’amélioration pour toutes les parties.
Le traitement me parait mieux grâce au porta cath. L’infirmier qui a commencé à me mettre l’aiguille dans ce porta cath. se frottait vivement les mains. Avec humour je lui ai demandé si ce mouvement était un signe de satisfaction ou de sadisme. On a tous rigolés et tout c’est merveilleusement déroulé malgré mes appréhensions.
Mon ami Denis m’a fait parvenir un long article sur le stress et le même jour en lisant Marianne il y avait un article sur ce stress. Effectivement si on comprend le milieu médical, le stress est facteur de différentes pathologies dont les tumeurs ou cancers. Si on lit Marianne, c’est plus court, puisque pour eux c’est le suicide des cadres ou des ouvriers. Sur les cinq pages qui sont consacrées au stress, quelques lignes sur les cellules tueuses : « le stress est toxique, toute source des stress est toxique : il diminue les défenses immunitaires et les cellules tueuses, favorise les allergies, les virus, le cancer et l’hypertension. »
Nous sommes inévitablement confrontés dans notre vie, au stress et de plus en plus à cause des moyens de communication qui évoluent plus vite que nous. J’ai vu grandir cette communication. La première révolution a été le fax qui a donné des libertés, si je puis le dire, de réponse mais surtout de pouvoir envoyer des images, des dessins, des croquis. La réponse est demandée en retour. Là, a commencé une accélération qui sans bruit nous a obligé à trouver des réponses.
La seconde révolution a été le téléphone portable. Peu commode en ses débuts, il s’est vite installé dans nos voitures et là nous avons sauté un pas supplémentaire. Il s’est rapidement métamorphosé en petit outil accroché à notre ceinture ou dans notre poche. Ne pas avoir un téléphone portable de nos jours devient intolérable !
La troisième révolution et dont on ne mesure peut être pas encore tout le chemin à parcourir, est internet. Pour moi elle s’assimile à l’invention de l’imprimerie et les réactions de la fin du XXe siècle sont celles que nous trouvions à la fin du XVe siècle. Internet est un moyen fabuleux. Il aura ses dérives mais il saura mettre en évidence tant de choses, que son avenir est certain.
Carnet : Toi, moi
Si le fax s’abandonne, le téléphone multi-fonction sera un outil extraordinaire mais qui va nous faire participer à une tension de plus en plus grande. Pour moi la seule façon de préparer un avenir autre que celui que nous subissons en ce moment serait d’apprendre pendant toute la durée de vie scolaire, la relaxation permettant ainsi d’apprendre à déstresser. Dans mon travail, trop souvent tout est mis en œuvre pour accroître le stress. Il est donné des temps de restauration qui n’ont pour seul objectif que les échafaudages, dont le coût est exorbitant et pour cela ils doivent rester le moins possible en place, et toutes les entreprises doivent se plier à cette sordide décision qui est faite dans un bureau sans raisonnement ni écoute. C’est ce qui manque de nos jours : l’écoute. Peut être serait-ce à nous aussi de mettre un poing sur la table et de dire : on arrête là. Nous faisons un métier d’art dans le stress permanent. On nous demande de réaliser dans un temps donné un travail qui demanderait plus de temps pour être parfait. Y a-t-il un remerciement de le faire et temps et en heure ou une satisfaction d’avoir tout donné ? Non ! C’est sans doute là qu’il faut dire stop, et croire encore que la passion de son métier peut encore donner un sens à notre vie, être complémentaire de sa vie personnelle et familiale pour former un tout. Est-ce être utopique ou philanthrope ? Non, c’est enfin comprendre après une telle maladie que le sens de la vie ne se joue pas qu’avec les mots ou les attitudes des autres, mais avec sa profonde honnêteté face à soi, face aux autres, face à la vie.


