Tout artiste est il condamnée à chercher le beau dans le travail des autres ? Pas forcément, il semble difficile à notre époque de rester isolé. L’art est autant dans l’atelier que dans la rue, la télévision, sur internet ou dans un journal. Il apparaît aussi que tout peut devenir art. Cette immense source nous abreuve à chaque instant et en se qui me concerne, impossible de n’y pas puiser ! Il faut surtout pouvoir prendre du recul pour y mettre sa vision, sa personnalité ou ses émotivités, son vécu, son environnement. Il faut donc savoir lire pour le transcrire, mais comment ? Les choix sont pléthoriques. Il faut veiller à ne pas se fourvoyer dans des détails par plaisir de se faire plaisir. La sagesse est de savoir rester un ermite face la toile blanche.
Il n’y a pas seulement tout notre environnement, il y a les gens qui se meuvent autour de nous. J’aime à les regarder marcher dans la rue. En les regardant, j’essaye de percer dans leur regard, un sourire, un rire, un bruissement, une amertume, un désir, une tristesse, une interrogation, une angoisse, un mouvement de l’âme.
Dans mon nouvel atelier, un ami Carmélo Zagari vient travailler sur un projet de vitrail
18H. Descendant l’avenue des Champs-Elysées à Paris avec Thierry, je me suis mis à regarder cette foule qui soit marche avec moi, soit vient vers moi. Je suis souvent attiré par les nuques des personnes et je l’ai souvent photographié. Il n’y a pas plus extraordinaire qu’une nuque. Elle demeure mystérieuse et cachée tant aux autres ou a soi même. Le coiffeur, seul, se plaît à exhiber cette nuque surtout pour les hommes. Je pense que la nuque esquisse le profil d’une personnalité. Elle me permet d’imaginer son visage, de rêver à sa vie, presque de lui parler. Il ne faut pas que cette personne se retourne, autrement il y a rupture avec déception ou surprise. Je suis souvent étonné d’avoir imaginé juste ou furieux de m’être totalement trompé.
J’aime ce quartier des Champs-Elysées que j’ai bien connu quand j’étais jeune amoureux de Béatrice. Elle habitait rue du Colisée, en bas des Champs-Elysées. Le temps c’est écoulé. Il n’y a pas lieu d’être nostalgique. Mieux vaut apprécier l’évolution inéluctable qui donne sens à la vie. Cela me fait du bien de marcher et de parler avec Thierry. Nous parlons de Josette, son épouse qui est actuellement à sa séance d’hypnose. Je sais que cet hypnotiseur sera tout à son écoute et qu’il donnera encore une fois, un peu plus de lui-même, pour aider quelqu’un.
19H. Devant l’immeuble de l’hypnotiseur, nous décidons de guetter la sortie de Josette et de lui faire la surprise de l’y attendre.
J’ai à peine le temps d’embrasser Josette et de la regarder pour voir son visage radieux après sa séance d’hypnose. Je cours sous le porche et à la porte du cabinet, il m’attend. C’est toujours un moment très fort de le rencontrer. Il prend doucement ma main et la garde enserrée entre les siennes. Il me regarde comme si il percevait la réalité de mon être. Il sait regarder les gens, il sait les aimer et se passionner pour eux.
_ Comment allez vous ? Me dit-il.
J’ai aussitôt l’impression d’un contact d’hypnose. Une chaleur me parcourt l’esprit. Il ne faut pas penser à une quelconque manifestation de sorcellerie. Bien au contraire, c’est tout naturellement par des mots et le regard que l’on entre en état d’hypnose. Ce n’est ni plus ni moins qu’une technique qui permet de modifier temporairement son état de conscience. Cette relation suggérée n’a rien à voir avec le sommeil. Pour y parvenir il faut pour y croire et laisser son cartésianisme, sinon la séance est vouée à l’échec. Une autre définition de l’hypnose consiste de s’échapper un moment de notre conscience quotidienne, pour chercher dans certains espaces vides de notre esprit, de nouvelles images grâces aux mots de l’hypnotiseur. Y puiser une autre réalité de soi. Les conséquences de la visite de cet état de soi sont indicibles mais s’observent dans le comportement et les actes, y compris selon la demande du patient. Je peux affirmer avoir immédiatement arrêté de fumer, un peu maigri et me sentir mieux dans mon corps grâce à l’hypnose. Elle a aussi contribué à l’énergie qu’il me faut pour lutter contre le cancer. Pratiquer l’auto-hypnose tous les soirs avant de m’endormir m’a permit de me relaxer et déconnecter mon esprit du quotidien. J’ai écrit mes messages d’hypnose sur des bouts de papier coincés dans mes livres. Je ne sais si je parvenais réellement à m’auto-hypnotiser mais au moins je m’endormais. C’est souvent très difficile de trouver le sommeil.
Je sais maintenant qu’il me faut trouver en permanence cette force interne et me convaincre de sa vérité pour franchir les différentes étapes de cette maladie.
_ Je sens dans votre voix toute l’énergie qui est en vous, me mon hypnotiseur.
_ Oui j’essaie de l’avoir au moins devant les autres, cela me stimule et m’oblige à aller plus en avant.
_ Tenez moi au courant de votre combat.
Ces yeux brillent de malice et son sourire crée une énergie qui m’inonde. Je dois pourtant le laisser. Je le quitte heureux de l’avoir vu un instant. Une poignée de mains et quelques mots suffisent parfois à dire beaucoup.
Nous remontons les Champs-Elysées avec Josette qui irradie de bonheur et marche d’une allure dynamique après sa séance d’hypnose.
GLOBULES BLANCS
Dans la vie d’un malade des obsessions se créent souvent. Lorsqu’on est traité par chimiothérapie, l’une de ces obsessions est d’avoir toutes les semaines un nombre suffisant de globules blancs « Polynuc, Neutrophiles » et doivent être situé entre 1600/8200/mm3. Rien n’y fait, la chimiothérapie réduit le nombre de ces globules blancs jusqu’à 298 mm3, rendant impossible toute chimiothérapie. C’est toujours le réseau d’amis qui vient en aide et là je dois remercier Philippe :
_ Allo bonjour Didier, dit il. Est ce que je peux venir te voir dans la semaine ? Un ami américain vient de m’envoyer pour toi un remède. Cela ne guérit en aucun cas le cancer, mais te permet de te reconstituer des globules blancs. Ce sont des champignons stimulants le système immunitaire.
_ Philippe, tu ne sais pas la joie que tu m’apportes car c’est justement ce qui me manque en ce moment. Les médecins m’ont proposés de les reconstituer par un traitement par piqûres, mais je ne le sens pas. C’est vraiment un grand bonheur, car je cherchais un moyen paramédical pour affronter cette diminution de mes globules blancs.
_ Bonjour Philippe. Je dois passer la semaine prochaine ma chimiothérapie et mon taux de globules blancs ne remonte pas assez ; Je ne suis qu’à 768 mm3 alors qu’il en faudrait au moins 1000 mm3. Peut-on savoir au bout de combien de temps ces gélules agissent ?
_ Je téléphone aux USA et je te donne la réponse, Didier, me dit-il.
Quelques heures plus tard Philippe me rappelle et me dit que les gélules agissent au bout de quatre semaines, donc c’est normal que je ne remonte pas.
_ Surtout me dit-il, continue bien de les prendre, ne lâche pas.
Effectivement, le lundi, à ma nouvelle prise de sang j’étais à plus de 1100 globules par mm3 !
Les prises de sang hebdomadaires sont difficiles à supporter au bout d’un moment. Il faut les gérer d’un bras à l’autre, d’une veine à l’autre. Cela vous donne l’impression que vous n’avez plus de veine ou bien que l’aiguille la transperce. Pour penser à autre choses qu’à se déplaisir, je me suis mis à noter sur une échelle allant jusqu’à dix la façon dont je suis piqué. Avec certaines infirmières, je ne sentais presque rien. D’autres brandissaient l’aiguille pour me montrer qui était le chef dans cette opération, non pas agressivités mais en proie à leur problème personnel, oubliant presqu’elles avaient devant elles un patient. Quand je sens que je vais être l’objet d’une piqûre désagréable, je me mettais à parler de tout ou de rien mais simplement pour décontracter mon infirmière et c’est vrai qu’un brin de gentillesse, un peu d’humour et la piqûre devenait moins inconvenante.
MATIN de la sixième chimio.
Je quitte l’IGR en pensant que j’ai passé une étape. Je suis juste un peu triste de ne pas avoir pu dire à mon oncologue que j’avais pris sans son consentement des petites pilules pour retrouver mes globules blancs. Il faudrait en France passer ce cap du paramédical et tenir compte des expériences étrangères. Certains médicaments comme ces champignons soulageraient tant le patient et la facture la sécurité sociale. Je n’oublie jamais dans mon alimentation de manger chaque jour les produits anti-cancer et de supprimer le sucre. Ce sont des choses simples et très efficaces. Cela devrait être une constance dans notre façon de vivre. Il faut changer son comportement, c’est essentiel. Etre positif, se nourrir bien, et marcher pour se ressourcer. Le golf permet cela. Jouer m’apaise et mon jeu s’en ressent. Il fait parfois l’admiration de mes amis golfeurs.
Lac de Garde, Italie
Première prise de sang au bout des quatre semaines de champignons du docteur Isaac Eliaz. Je tenais à venir le soir, chercher le résultat. J’ouvre l’enveloppe avec frénésie et je vois apparaître le chiffre de 2300 globules par mm3. J’éclate de joie et tout le personnel me regardent ainsi que les patients.
_ Ah bon ! (dans un étonnement le plus parfait possible) Pourquoi cette question, docteur ?
_ Juste pour savoir si vous avez pris autre chose pour faciliter cette augmentation si rapide de vos globules blancs, me dit-il.
Je ne sais comment répondre sans mentir ni dévoiler mes petites pilules de champignons qui venait de Boston car je veux que cela puisse se confirmer dans le temps et non seulement dès la première prise de sang.
SCANNER, deux sont programmés, l’un à l’IGR pour régler les points de tatouage que l’on m’a fait déjà il y a quelques mois, nécessaire afin de guider la radiothérapie et un autre pour moi, afin de bien voir l’ensemble de mon corps. Ce n’est pas très agréable un scanner. Lors de l’injection, on sent ce produit parcourir notre corps dans une sorte de chaleur.
_ Non, mais ce n’est pas à moi de vous répondre, ce n’est pas mon métier me dit’ il.
Je repars déçu et abattu. Béatrice le sent et essaie de me remonter le moral en insistant sur le fait que ma radiothérapie est prévue depuis le début de mon cancer et qu’il est vain pour moi de vouloir passer outre. Il me faut l’accepter tout simplement et bien me préparer à ces séances.
Lac de Garde, ItaliePREMIER REBOND. Le mercredi on m’annonce que le premier réglage pour ma radiothérapie est annulé en raison d’une panne de l’appareil. Tout est reporté au mardi suivant le 14 juillet. Ouf, je n’ai pas à aller à Paris un jour de grand départ en vacances.
DEUXIEME REBOND. Le vendredi, l’IGR me rappelle pour me dire que toutes mes radiographies sont annulées. Seul mon rendez vous avec mon oncologue, le docteur Besse est maintenu au mercredi suivant.
_ Mais pourquoi ? Dis-je.
_ Cela me fait peur car je ne sais pas comment je dois prendre cette nouvelle. Je ne vais jamais pouvoir tenir jusqu’à mercredi.
_ Je comprends dit-elle. Je vais vous passer un médecin.
Au bout d’un moment, je retrouve la voix particulière de l’interne qui m’avait reçu lors de mon scanner.
_ Bonjour. Ne vous inquiétez pas, c’est une bonne nouvelle. Lors du dernier Comité à l’IGR, il a été décidé de vous opérer. Le docteur Besse vous en parlera lors de votre rendez vous. Vous pourrez peut-être aller manger des pâtes en Italie, me dit-il en riant. Surtout ne vous inquiétez pas. Je suis heureux pour vous, puisque c’est ce que vous vouliez. Il y aura peut-être des radiothérapies à la suite de l’opération, vous verrez tout cela avec le docteur Besse. Passez un bon week end.
Je raccroche en hurlant, fou de joie de cette nouvelle. Je me précipite le dire à Béatrice, qui reste partagée. Tout le programme imaginé pour les six semaines de radiothérapie est à changer.
Comme toujours, après le passage euphorique de réaliser ou du moins d’espérer être sur le bon chemin, vient l’angoisse. Elle m’envahit sournoisement, et de plus en plus particulièrement la nuit, dans les rêves. J’ai besoin de savoir ce qui va se passer. Aller sur le net permet parfois de comprendre. J’y apprends que l’IGR ne fait pas ce genre d’opération. Il me faudra aller vers un autre centre médical. Avec humour, je me dis que je vais échapper à la mal bouffe de l’IGR. Au fait c’est quoi une opération des poumons ? Et s’étale devant moi différents sites où l’on décrit cette intervention. Rien de réjouissant. Mais je me rends compte que je ne sais pas où se situe ma tumeur. Autant donc ne pas perdre trop de temps sur des scénarios d’intervention chirurgicale.
_ Merci Philippe, je suis heureux et c’est bien d’avoir un contact direct. Comme cela, il me sera possible de poser des questions.
C’est cela des amis qui, avec simplicité vous permettent de trouver ce que vous rechercher, sans autre contrepartie que de vous voir aller mieux. C’est compliqué l’amitié. Elle prend source dans un petit ruisseau, puis avec le fil du temps celui-ci se charge pour s’écouler naturellement sans s’arrêter. Etre là comme si ce ruisseau n’avait jamais été ailleurs.
MERCREDI. Je suis sur le chemin de l’IGR pour mon rendez-vous avec le docteur Besse. Je doute de ce qu’il veut m’annoncer. Opération : un nouveau monde, ouvrir son corps à tant de choses. Radiothérapie : fermer les yeux sans bien savoir ce qui de passe en soi. La première solution, malgré la peur, est certainement la meilleure. Je le sais et je le sens. Elle n’est peut-être pas la solution miracle, celle qui va me guérir totalement et rapidement mais elle est mon but auquel je me suis attaché. Je tire mon énergie du défi permanent de dépasser les routes droites des traitements et des protocoles. Bousculer les choses en interrogeant les médecins, revenir au traitement individuel, ne pas être passif et toujours dans le questionnement, dans l’écoute en restant maître de son navire. Un oncologue ne pense pas qu’à votre cas pendant toutes ces journées. C’est pourquoi, il nous faut l’interroger pour que le dialogue s’instaure et qu’il concentre son attention sur vous.
Dès que je vois le docteur Besse, je le sens préoccupé. Lui qui d’habitude vient me chercher dans la salle d’attente, là me fait appeler par les secrétaires de l’accueil. Mon angoisse grandit. Je m’assois avec Béatrice qui m’accompagne car je tenais à ce qu’elle puisse poser des questions.
_ Le Comité c’est réuni la semaine dernière, nous dit’ il. Comme dans chacun de nos Comités un spécialiste de la chirurgie pulmonaire y participait : le professeur Dartevelle. Il a été décidé d’opérer votre tumeur. J’ai à rencontré hier le professeur. Il m’a confirmé cette opération. Il vous expliquera lui-même ce qu’il veut faire. Il est vrai que la radiothérapie a l’inconvénient de tuer toutes les cellules sur son passage. Les rayons ne distinguent pas les bonnes ou mauvaises cellules.
_ Nos Comités cherchent justement à suivre au plus près les patients et à individualiser leurs traitements. La présence de plusieurs spécialistes renforce la capacité à prendre la bonne décision.
_ Docteur, dis-je, serait-il possible de voir sur votre ordinateur la diminution de cette tumeur.
Béatrice essaie de lire ces images et de comparer avant après traitement. J’ai tellement pris l’habitude de les comparer pendant des heures que je vois parfaitement cette diminution. Pendant ce rendez-vous, je me sens comme détaché des paroles que j’entends et de tout ce qui m’entoure. Un rêve : je vais être opéré !
Béatrice a choisi un lieu de vacances extraordinaire, à flan de colline, à une hauteur qui nous évitait la proximité des touristes qui envahissent les berges du lac de Garde, en Italie. Comment ne pas tomber amoureux de ces paysages? Je n’arrêtais pas de courir, me sentant en pleine forme. J’ai même arrêté tout somnifère pendant ce séjour de huit jours. Aucune angoisse de voir l’opération se rapprocher, je buvais les paysages, le calme et la bonne nourriture italienne.

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