Il a donc fallu tout adapter cette importante machine de guerre que sont les difficultés administratives des rendez vous entre service. Mais tout arrive, par miracle, à se faire.
J’ai donc passé cette quatrième chimio et beaucoup conversé avec les docteurs Besse et Levy. Le traitement va se faire sur six chimio importantes et trois intermédiaires. Puis contrôle par scanner de l’impact de la diminution. Le but est de la rendre la plus petite possible pour soit l’enlever par opération ou par radiothérapie laissant ainsi le plus petit impact sur le poumon et le moins irréversible. La radiothérapie est de toute façon destructrice puisque c’est son rôle mais laisse des traces plus importantes qu’une chimio.Il faut donc s’armer de toute l’énergie de ce combat et de chevaucher le crabe pour qu’il aille dans la direction souhaitée.La plus mauvaise nouvelle est le départ de l’interne le docteur Levy qui dès le premier jour m’avait donné un rayon de lumière comme une confiance et une affirmation sur le devenir de ma guérison. C’est le propre des internes que de changer de service, de lieu pour approfondir leur connaissance et c’est un vrai sacerdoce qu’ils endossent. Des années à être comme des forcenés pour faire un métier de passion. Il ne me reste plus que l’espoir qu’il continue de m’écrire et de me conseiller si tu me lis, Antonin fait le, s’il te plait et merci de tout ce que tu as fait. Tu le sais derrière les mots, il y a le regard qui sait lui nous dire plus que tous les livres de la terre.
Pendant ma chimio, j’ai reçu la réponse de Florent sur la différence entre création et recherche. A chaque paragraphe je lui réponds.
Femme VILe mot sublimation me choque car je ne parle pas d’une élévation à une valeur spirituelle ou intellectuelle supérieure. Le mot serait élévation de soi même vers nous même. Que l’on puisse ensuite par éducation ou rechercher passer le cap de la sublimation, oui. Il est vrai qu’un créatif ou chercheur est souvent qualifié de malin, d’homme d’une grande simplicité ou d’une immense intelligence.
Il en est toutefois bien distinct, puisqu'on parle d'invention et non de création. La différence est illustrée par "l'invention" des grottes préhistoriques par les archéologues : on invente quelque chose qui est de l'ordre du possible, de l'imaginable, de préalablement existant bien qu'inconnu.
Là aussi, il est propre à la France de s’élever à l’invention sur le fait de trouver une grotte ou toute autre chose faite dans le passé. Notre propos est bien la création, c'est-à-dire le futur mais il est bien dit une fois pour toute que notre passé est là pour sublimer le futur et il est essentiel car on n’est jamais vierge de toute chose.
Carnet Italien
De même, dans un certain nombre de démarches d'artistes, il y a un processus de recherche. Mais justement, la recherche n'aboutit à l'œuvre qu'après sublimation de ces recherches, qu'après "création". Là aussi le vocabulaire est porteur de sens. La Création, c'est la fabrication ex-nihilo (ou du moins à partir d'un magma informe dans la plupart des cosmogénèse) du Monde, dans les croyances chrétiennes par Dieu.
Quand on est devant la page blanche on en sait pas toujours ou va nous conduire l’écriture, notre peinture. On griffonne et puis s’installe ou pas quelques choses qui nous interrogent mais est elle ex-nihilo? Je ne pense pas. On ne peut pas ensuite tout placer dans les croyances ou alors c’est se classer dans un autre secteur bien distinct de l’art : la commande ! Elle n’a rien de péjoratif bien au contraire. Je te raconterai une commande pour une église parisienne et te montrer ainsi notre beau pays en matière d’art.
Carnet Italien
En autres termes, si ces deux activités relèvent bien du même domaine, celui de la production intellectuelle, et comportent des zones de recouvrement, ou plutôt de mélange lorsqu'on généralise, les processus qu'elles recouvrent sont bien distincts, l'un relevant de la démarche organisée et l'autre de l'acquis. Je parle ici des processus, pas tant des activités humaines qui sont partie de nos sociétés. Il est des artistes qui recherchent sans être capables de créer.Il est des chercheurs qui transcendent les acquis de leur temps. Qu'il y ait dans chacune des catégories sociales des personnes qui agissent selon tel ou tel mode ne change rien à la différence fondamentale entre les deux activités. D'ailleurs, comme vous le savez bien, en tant qu'artiste/artisan, il faut souvent maitriser la technique et les acquis précédents pour pouvoir les sublimer en quelque chose de nouveau.
Le mot recouvrement est un bon mot car la vie est faite de couches qui se recouvrent s’assemblent pour parfois se sublimer. Je ne suis pas aussi certains qu’il faille obligatoirement maîtriser les acquis précédent pour pouvoir, comme tu le dit, le sublimer en quelque chose de nouveau. N’as-tu pas dans ton doctorat fait fi des acquis pour partir de rien afin de trouver d’autres voies, d’autres chemins. Je comprends qu’il est difficile d’expliquer la création. On lit dans la Bible que Dieu créa ceci, créa cela et il vit que cela était bon. C’est un peu à partir de cela qu’on crée et qu’on se dit que c’est bon sans pour autant tout maitriser. Par contre si on est dans la commande pour quelqu’un d’autre, on doit effectivement être dans la maîtrise de la technique et des acquis. Mais attention à toute confusion, ne retombons pas dans la création beauxarienne française pour dire comme Georges Pérec dans Les Choses : « Qu’un ciel bleu est bleu ciel » et laisser envahir en ex-nihilo le géni de nos enfants qu’aucun sacrifice de travail n’aura permis de faire des gammes encore moins de s’instruire. Que le doute soit levé : s’offrir le privilège de s’initier et de travailler n’est pas contre l’idée de création. Tout cet assemblage n’est pas conflictuel pour créer il doit être harmonie et simplicité.
Déesse celtePendant cette quatrième chimio je me suis mis à penser à l'Inde et à une grande fête que je n'ai pas vu mais dont j'ai entendu les histoire et vu les images. J'ai eu une vision entre cette fête et l'art.
Holi la fête du printemps, de l’amour et de l'art.
Holi c’est comme un premier pas vers ce continent : se colorer de toutes les lumières de l’arc en ciel le jour de l’équinoxe de printemps. Les indiens se jettent des sceaux contenant toutes sortent de peintures et sortent de se tumulte illuminés de toutes les couleurs de la vie. L’Holi, c’est se consacrer à l’érotisme ou bien au long parcours de l’âme humaine à la recherche de Dieu tout est étreinte dans l’Holi : le jour à la nuit s’unissent, c’est le cycle de la mort qui disparaît dans la naissance. C’est vrai en Inde la mort ce n’est pas la fin de la vie mais bien son contraire, c’est la naissance. Cette naissance est un long chemin que parcours cette Inde. Elle forme actuellement une Europe accomplie pendant que nous Européen essayons de l’accomplir. Elle a été ainsi créé par l’histoire récente et été constituée par des anglais en un continent aux multiples facettes, langues et coutumes. Peut être que l’Holi est sans doute pour nous une kermesse mais elle est l’âme secrète qui peut créer l’unité de ce pays. C’est ces sceaux de couleur dont se recouvrent les indiens qui me fait penser que l’art est en eux vivant. Un autre sentiment à la mode en ce moment : chaque entité territoriale ou linguiste ou économique puisse se séparer de sa maison mère pour éclore en un petit pays gardant ses usages et ses religions. C’est pourquoi nous Européen, on fait l’inverse : on se regroupe avec toutes nos diversités. Si au moins l’Inde comprenait cela, qu’elle est en avance sur nous Européen et que par son dynamisme et sa forte population, elle peut être un devenir mondial. La Chine n’a pas ses problèmes puisque depuis sa muraille, elle a créé son socle. Pourtant c’est que de la porcelaine ! Gare au Tibet libre, même s’il doit l’être dans sa tradition. Il ne reste plus qu’à l’Inde à trouver son Gandhi du XXIe siècle qui sera par une paix, montrer que l’unité fait surgir un nouveau monde, non seulement économique ou politique mais social et donner un sens au devenir. Il se joue aussi dans l’art, oui l’art indien est dans la question du devenir. Je prends pour exemple le fait d’avoir donner à dessiner une bordure traditionnelle sur un dessin contemporain. La confrontation est possible même si d’un mouvement dodilant ou l’Indien incline sa tête vers son épaule comme pour dire non alors que c’est en fait pour nous exprimer mais c’est évident pourquoi poser la question. On pourrait reprendre la phrase de Robert Musil : « S’il y a un sens du réel, c’est qu’il y a forcément un sens du possible ». Que de tiroirs s’ouvrent en Inde, on passe de l’informatique à un métier totalement opposé. Ils sont capables d’une double personnalité et comme le dit Fabrice Bousteau : « D’exister simultanément sur deux plans mutuellement opposés. » Comme dans mes dessins avec les peintres indiens, ils peuvent faire un saut d’une époque à une autre sans contradiction, ni même mauvaise humeur. Tout est sourire même dans les difficultés. C’est pourquoi dans l’art, ils ouvrent un monde à pas d’éléphant. Ils arrivent sans nous envahir comme l’ont fait les chinois mais avec ténacité dans le fait d’être eux même. Il nous reste à aller les voir et d’échanger car ils pourront d’avantage transformer le monde que d’autres pays émergeants. Tout n’est pas une réussite en prenant par exemple un jeune indien que nous avons soutenu pendant des années en France. Il se voulait artiste. Il a eu le courage de venir en France et faire les cours de Beaux Arts du Mans. Puis comme pour la plus part des jeunes beauxarien, très souvent en quittant l’école on fait tout, sauf de l’art. Je lui ai proposé trois jours dans mon entreprise et les autres pour lui, pour faire son art. Trois ans après, malgré deux expositions en Inde que j’ai faites avec lui, rien n’est sortit de cette aventure pour lui. Pourtant, il avait au-delà de mon entreprise des cartes pour organiser des choses, auquel il faut ajouter mes relations. Le défaut d’orgueil était en lui. Pas assez de courage et les deux pieds sur deux continents qui s’écartent pour n’aboutir à aucun devenir pour lui alors que son choix était si simple. Il ne faut pas s’éparpiller et ne pas louper d’être dans son pays qui a la chance de se développer alors que nous en France nous ne pourrons être qu’en récession. Ce n’est pas du mauvais optimisme, c’est une juste réalité dans un pays ou la notion du travail est tellement enfermée dans des rouages stupides que le temps nous embaumera de pauvreté.Alors sans lui, je ferai mon chemin avec cette Inde où se tisse des liens forts et j’ai hâte de reprendre toutes mes activités pour retourner et travailler avec eux : faire de la création et laisser nos idées s’entremêler. Comme le disait Fabrice Bousteau : « C’est une bonne nouvelle : nous avons toutes les chances de devenir un peu indien. »

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