Il est parfois des moments où l’on ne peut plus percevoir ce qui est devant vous sans comprendre le sens, surtout sans savoir regarder ou prendre le temps du sens d’une vérité. Comment peut ton passer devant tant de découverte sans les voir ? C’est comme un scientifique qui ne voit pas le lien entre toutes les molécules qui devant lui. C’est comme un artiste que ne prend pas le temps de rester un instant devant un ciel bleu.
Dans ma bibliothèque jeudi matin avant de partir à Roussy je vois une carte au sol retournée. Je la ramasse et je la retourne. Et là un bouleversement, une émotion : je vois sur cette carte postale un crabe chevauché par un chérubin. Je suis resté un long moment comprenant tout à coup la signification de cette image datant de l’an zéro de notre ère.Un peu d’histoire d’où vient le mot cancer ?
Il apparaîtrait depuis le V siècle avant Jésus-Christ pour désigner des grosseurs, des maladies que l’on voit ressembler à des crabes qui donnera en latin le mot cancer.Alors trouver une allégorie sur le cancer dans une peinture d’une villa de Pompéi n’est pas étonnant. La ville fut détruite en 79 après Jésus-Christ. Je crois que cette scène est celle de mon combat contre le cancer ; l’aurais je peinte dans une autre vie pour qu’elle puisse prendre aujourd’hui autant de signification et de trouble dans ma vie et mon esprit?
Le personnage ailé ou chérubin est penché en arrière et avec violence, il lance son fouet pour faire avancer le crabe qui semble se rebiffer pour ne pas aller dans la direction que veut le chérubin. Ce dernier nu perdant son dernier vêtement qui semble être emporté par la vitesse de cette action. Cette nudité nous rappelle ce que nous sommes nous même, que nous devons avant tout, trouver notre chemin sans aucun artifice. Les ailes sont pour nous permettre de dépasser tout en nous même et de nous pousser au-delà. Elles nous redonnent confiance pour nous redresser. Si nous étions aussi douté que le crabe, nous irions plus vite avec ces ailes alors que là, bien au contraire elles qui nous servent à ne pas tomber et nous permet de lutter contre ce crabe, contre notre cancer.
Une si belle allégorie était là pour me permettre d’affronter cette troisième grosse chimio. C’est vrai que je me sentais mieux et j’avais hâte de retrouver le Docteur Levy pour savoir si le scanner que j’avais passé la semaine précédente me permettait d’espérer une amélioration. Lors de ce scanner dan une clinique privée du Mans, j’ai voulu voir le radiologue pour un premier avis. Après une demi-heure d’attente on m’appelle. Je cherche un médecin donc une blouse blanche mais non, je vois quelqu’un habillé d’une chemise sport d’un jean dont un coté du pantalon été relevé au-dessus d’une chaussette. Un peu surpris de cette tenue je me dis bon passons ces détails et allons voir ce qu’il peut me dire. Et bien non, nous restons debout au milieu de ce début d’un couloir ou passe beaucoup de monde et moi contre le comptoir du secrétariat. D’une voie mal assurée il me dit que la tumeur était là ! Je ne sais pas mais j’avais un peu de mal à rester dans cette situation debout, avec des personnes tout autour de moi. Je sentais un manque de respect pour le patient et imaginait ce qu’il pouvait dire ainsi pour des cas un peu plus grave. Et puis mes yeux ont plongés sur sa poitrine où apparaissait un teeshirt avec tout le contour galonné. Sans doute, je me suis senti mal et j’ai donc un peu réagit en lui demandant de reprendre ce qu’il venait de me dire avec un ton encore plus con que celui de mon interlocuteur. Il me sort : vous pensiez n’avoir plus de tumeur ? Et bien oui pourquoi pas lui répondis-je (en pensant en moi-même, oui connard, si tu me le proposes). Il avait les images d’avant et n’a pris aucun temps pour les comparer mais comme son attitude verbale et vestimentaire était si peu encline au respect, j’ai pris mes papiers et je me suis tirer en attendant qu’à Roussy, on puisse me dire un peu plus et surtout un peu mieux et ce qu’ils ont fait, eux. Si donc au Mans vous êtes reçu dans un couloir, debout, n’en soyez pas étonné c’est Deschamps qui est devant vous ! Je me suis tout de suite mis en tremblant à croquer cette scène.
Il faut donc vite oublier ces situations dans le parcours de votre maladie et penser à ce merveilleux dessin du chérubin dominant le crabe votre cancer.Roussy pour la première fois, je n’étais pas en chambre seul. J’appréhendais cela car devant me lever au moins une fois toutes les heures, je ne savais pas comment une cohabitation pouvait se faire sans problème. Je suis heureux de cette rencontre avec Denis qui lui a 25 ans et un cancer à un testicule. Nous avons passé un séjour sympa et moi ma crainte était de mettre à ronfler. Tout était parfait comme d’habitude avec la chance que mon épouse m’apporte un superbe plat de penné avec Marcella et tomate. Hum un délice de senteurs italiennes et tellement bon face à une soupe et une fade omelette. C’est bon ces détournements car il y a panique dans le service quand ils sont venus desservir et que n’avait rien mangé. Mais en expliquant, ils m’ont demandés que Béatrice en apporte un très grand plat la prochaine fois, pour que tout le monde en mange.
Rien ne serait sans le Docteur Levy avec toujours son immense sourire et ses yeux qui respirent le bonheur. C’est simple : de le voir je me sens mieux. Je lui ai confié le manuscrit de Michel Zorgniotto sur : l’Esprit intervient’ il dans la guérison du cancer. Je sais qu’il le lira et lui répondra et c’est comme cela que le docteur Levy voit son métier par les échanges. Je lui ai aussitôt parlé de mon scanner et j’aimerais son opinion et celui du Docteur Besse. Le soir après leur harassante journée de travail, ils prennent le temps de bien regarder les photographies avant et les nouvelles et sont venus dans ma chambre pour m’en parler, eux, avec leurs blouses blanches. Le docteur Besse me dit : votre tumeur a diminuée significativement. J’étais heureux qu’ils me donnent ses mots simples et je pouvais lire sur son visage de Lévy sa satisfaction. Le docteur Besse insiste bien pour que je puisse suivre le traitement de radiothérapie avec chimio. Cette dernière a pour seul but de rendre la radiothérapie meilleure. Elle est là pour l’aider et non le contraire. Comme je veux faire le trajet le Mans, Villejuif tous les jours, il me met en garde sur une fatigue et que toutes mes ressources doivent converger vers la diminution de la tumeur. Le mot diminution est le terme scientifique pour ce traitement et il est assez explicite pour tout a chacun le comprenne.
La mauvaise nouvelle est arrivée un peu plus tard quand Antonin Levy me dit que son stage d’interne finit fin avril. J’aurais tellement espéré qu’il soit là pendant tout mon parcours. J’en ai terriblement besoin. Je me débrouillerai pour garder contact et aller le voir à son nouveau poste dans un autre hôpital dans Paris. Bien sur, s’il veut supporter ma compagnie et mes questions. Mais il sera là tout le mois d’avril.



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