Depuis longtemps je voulais parler de ce tableau que j’ai réalisé en 2007. Pourquoi parler de lui alors que je n’ai jamais parlé des autres pièces. Je ne sais pas. Sans doute pour tenter dire autre chose avec des mots, surtout vous faire partager deux pièces prémonitoires. Elles sont pleines d’interrogation mais aussi d’espoir. La première réalisée s’appelle Pirate et c’est par elle que nous finirons et nous commencerons par l’Orée.
Carnet de dessin
Très souvent mes tableaux partent d’un carnet de croquis où les idées sont jetées, sans savoir si elles vont aboutir. Je ne fais pas ces carnets dans l’obligation mais comme une expression libre et personnelle. Ces carnets sont comme des mots, des idées jetées au hasard de mes jours, de mes humeurs. Un carnet, c’est facile de le transporter partout, c’est quelque chose qui ne vous quitte pas et j’en raffole. J’achète toujours des carnets pour leur taille, leur forme, leur aspect et la texture du papier. L’acheter, ce n’est pas toujours l’utiliser. Parfois, il sommeille pendant des années, vierges de toutes idées.
J’ai toujours pensé que par le travail, on pouvait grandir et trouver des chemins qui permettent de donner forme à tout ce que l’on ressent. L’obsession est permanente de créer des associations entre ce que je ressens et ce que je vois.
L’Orée
C’est ainsi que le personnage central un homme de profil est déjà présent dans différents dessins. Homme nu de profil avec un trait rouge de contour rappelant les peintures de Giotto.Souvent c’est un trait noir qui cerne les formes et à Assise Giotto se met à contourner des personnages d’un trait rouge. La couleur de ce trait me fascine et est pour moi d’une incroyable modernité.La forme du corps du personnage central ne devait pas être classique mais je voulais la laisser se former par les hasards ou par mes maladresses : la maladresse, si elle vient du cœur, est bouleversante. La maladresse peut même constituer l’esprit du tableau. Si l’expression est sincère, elle habitera forcément l’esprit qui la contemple. (Extrait du livre de Fabienne Verdier ; Passagère du silence ; livre de Poche, 2006.) C’est toute la difficulté de donner des mots à ces pièces car ils auraient comme un goût d’achever et pourtant si on tente d’achever un tableau, il se meurt !

Être nu sans trop en donner de cette nudité afin que tout n’aille pas dans le visuel du sexe mais bien dans une attitude de bras tendus, d’un corps en marche. L’attitude est aussi de présenter un passage d’une rive à l’autre, d’un monde à un autre. Tout se fait par un changement de couleur et la disparition dans la couleur rouge des avant bras. Les deux couleurs de fond jaune puis passage au rouge est pour suggérer la chaleur. Cette dernière peut être le feu, l’enfer parce que les mains brulent, disparaissent ou ont des effets magnétique d’une grande intensité. C’est peut être un soleil qui rougit de trop d’intensité. Il faut créer ce sentiment visuel du franchissement par des couleurs. Il ne peut partir que du jaune comme la chaleur d’un soleil qui brûle en chacun de nous.

C’est une allégorie de la tentation, du pêché originel qui fait que le cadre de la silhouette de la femme bouge. Aimantation du désir qui la fait incliner ou bien destruction pour qu’elle se consume dans la chaleur ? C’est le pêché originel ! C’est simplement le désir de création du monde de sa continuité par l’association de l’homme et de la femme.
À droite du tableau des précisions sont données pour permettre d’avoir les clefs afin d’associer l’ensemble de la scène. Sur un fond floral ou un paradis terrestre, une stèle se dresse où est posé un buste. Un serpent monte vers ce dernier en enlaçant le pied de la stèle.
Le buste n’est ni une femme, ni un homme. Rien ne permet de le voir. C’est en fait l’origine du monde avant qu’il ne se sépare entre homme et femme. Je n’ai pas à faire sortit Adam d’une cote d’Eve mais de penser au premier des premiers. Si on ne connait pas notre origine première pourquoi aurait ‘on été chassé du paradis par la tentation ? C’est la simple question qui est posé dans ce tableau.
C’est donc à l’Orée de la tentation que je vous laisse pour vous faire découvrir Pirate.
Encore une lecture de la droite vers la gauche. Un homme de dos sans tête avec une grosse tâche rouge au cou.
Puis à gauche en premier plan un crochet auquel est attaché un crâne par une chaîne.
Derrière un homme au chapeau qui semble attendre, vêtu d’un marcel sur lequel est dessiné le symbole des pirates.
Il y a aussi des posthites collés sur ou mis à coté de ce personnage.
La tête de l’homme de droite est celle que nous trouvons en bas à gauche, sans la chair, juste les os. Elle marque un espace temps et notre trajet de chair, il ne reste plus que les os.
Les posthites ont des dessins représentant la vie du personnage de droite. Toute cette vie passée pleine de vulnérabilité. Sa seule trace est des posthites accrochées au bord du feu.Au-dessus de son crâne la chaîne semble être faite pour la mettre dans le feu qui apparaît du coté gauche.

L’ensemble est peint sur un fond blanc sur lequel commence le jaune à droite : soleil ou vie, puis envahit rapidement par le noir. Seule une bande blanche centrale sépare les deux scènes.La symbolique de la tête séparée de son corps, c’est l’esprit, l’âme qui quitte notre forme charnelle.
Et pourquoi pirate ? Parce qu’un jour ou dans un instants notre vie est volée et c’est notre premier trésor !


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