Ma profession utilise le plomb depuis plus de mille ans. Ce plomb sert à sertir les morceaux de verre un à un, puis il est fait une soudure aux points de jonction des lignes de plombs.
La manipulation du plomb est toxique dans plusieurs cas :
- À la dépose des vitraux anciens, les poussières de plombs sont nombreuses et sont inhalées dans les poumons.
- Lors de toute manipulation de panneaux anciens, même pendant le nettoyage des pièces anciennes.
- Au dessertissage pour éliminer une résille de plomb défectueuse et la remplacer par des plombs neufs. Les poussières de plombs sont parfois les plus importantes.
- À la soudure, puisque les baguettes d’étain contiennent du plomb.
- Au masticage (qui permet l’étanchéité des vitraux).
Toutes nos peintures ont du plomb et sont mélangées à différents oxydes métalliques. Ces peintures sont posées sur les verres puis brossées pour jouer avec la transparence et la lumière. Les fines molécules de peinture sont donc volatiles. Peindre sans protection et en dehors d’une sorbonne est formellement déconseillé.
Depuis la création du Laboratoire des Monuments Historiques, il nous est demandé d’appliquer différents solvants suivant les pathologies rencontrées sur les verres anciens. Aucun principe de précaution n’est donné à l’utilisation de ces solvants et certains sont classés cancérigènes.
Depuis 2000, j’ai entrepris de résoudre ces problèmes en travaillant en comité avec la CRAM, l’Inspection du travail et la Médecine du travail. Une étude a été commandée à un cabinet privé pour étudier toutes les aspirations aux différents postes de travail.
Cette expertise a défini l’ensemble des moyens d’aspiration pour chacun des postes et sa mise en œuvre a été entreprise aussitôt. C’est un investissement assez conséquent.
Principe de précaution
L’utilisation des solvants recommandés dans cette étude ainsi que l’utilisation du plomb impose la mise en œuvre des principes de précaution. Il serait souhaitable qu’une entreprise de vitrail retenue, puisse fournir au maître d’ouvrage toute garantie de ces installations pour l’utilisation des produits recommandés aux différents travaux sur les vitraux. Le maître d’ouvrage devrait s’en inquiéter et être responsable de son application. On ne peut plus fermer les yeux et rejeter tout sur le chef d’entreprise. Comme pour tous les produits dangereux, le donneur d’ordre ne peut pas prendre une entreprise qui n’a pas mis en application dans son entreprise toutes les garanties de précaution concernant les produits classées dangereux. Un contrôle tous les trois ans, doit être effectué par un cabinet nommé par la CRAM, certifiant la bonne conformité des installations. C’est pourquoi il faut que ces dernières soient définies au niveau national évitant tout litige.
Pour un atelier (les quantités varient en fonctions des postes de travail) :
- Bras articulés d’aspiration, type Cobras.
- Moteurs d’extraction spécifiques.
- Gaines d’extraction souples avant les cônes d’extrémité.
- Gaines d’extraction rigides après les moteurs d’extractions (rejet)
- Diamètre de l’ouverture des cônes d’extrémité entre 20 et 30cm.
- Débit d’extraction par bras articulé et de fait par moteur d’extraction de l’ordre de 1000 m3/h.
- Moteurs d’extraction à filtrations situées au plus près des rejets atmosphériques.
- Suspensions mécaniques au niveau du plafond pour laisser une grande liberté de mouvement - sur la table de travail.
- La mise de bras articulés permet de répondre à l’article R. 232-5-7 qui précise que l’objectif à atteindre d’un captage au plus près possible des sources d’émission des polluants.
- Un flux d’aspiration doit être compris entre 0,25 et 1,00m/s au point d’émission des polluants (INRS ED 695).
- Extraction ambiante dite ventilation générale pour les pièces de peintures et de pathologies :
--- Taux de renouvellement horaire de 15 volumes soit un débit de 2500m3/h.
--- Ce taux est calculé en fonction du volume du local, ici c’est pour un volume de 170m3.
--- Moteur d’extraction spécifique avec une répartition des flux d’extraction sur « bouches situées au plafond. La bouche doit avoir une surface de 0,20m².
La mise en service d’une extraction ambiante permet de répondre à l’article R.232-5-7 qui préconise une évacuation des polluants résiduels par ventilation générale.
- Postes de soudure et de dessertissage :
L’autre lieu important pour tout travail sur des panneaux de vitraux est la soudure des plombs avec de l’étain. Ce dernier a une proportion de plomb dans sa composition.
- Le poste de travail composé de tables. La profondeur de tables permet un encoffrement des surfaces de travail permettant d’accroître de manière considérable l’extraction. En effet, les éléments physiques (parois) permettent de confiner les polluants dans un volume restreint et défini. L’évacuation des polluants ainsi localisés se fait par une extraction adaptée et spécifique.
- Moteur d’extraction de 1000m3/h puissance de 1,5kW.
- Diamètre des conduits d’extraction de 25cm, vitesse de circulation = 10m/s.
- Surface totale des bouches d’extraction modulables par obturation modulable en fonction des
postes = 0,20m².
- Bouches d’extraction avec vitesse de transfert de 4m/s.
- Conduit d’extraction en PVC
- Moteur d’extraction au plus près du rejet atmosphérique.
- Alarme active en cas de rupture du débit d’extraction.
- Grille de transfert pour une compensation passive avec filtration.
- Fermetures transparentes par glissière permettant de travailler en étant protégés de toute émanation.
- Aspirateur individuel indispensable
Un aspirateur individuel pour chaque compagnon, possédant des filtres secondaires avec efficacité de 99,995% à 0,3 µm.
- Protection des mains par gants, du visage par demi-masques à cartouches, vêtement de sécurité, charlotte pour les cheveux. Le lavage des vêtements de travail est pris en charge par l’entreprise en raison du plomb.

Depuis ma maladie, j’ai écrit à nos responsables politiques. Maintenant c’est avec le cœur que je souhaite leur faire comprendre tout l’intérêt de mettre en place une mise en œuvre des principes de précaution pour notre métier d’art.

J’ai écrit au Président du Conseil Général de la Sarthe qui est notre vice président du Sénat, monsieur Du Luart. Une autre lettre a été faite au président de la région Haute Normandie, lors de l’inauguration de la Chapelle Corneille à Rouen que nous venons de réaliser. Notre nouveau député sarthois et monsieur le Maire du Mans, Jean Claude Boulard ont été interrogés.

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